un peu d'histoire et de géographie pour les neuronnes

     Perdue dans l'océan Indien à quelque 560 kilomètres au nord-est de Maurice, l'île Rodrigues est trop petite pour figurer sur la plupart des cartes de géographie de la région des Mascareignes dont elle fait néanmoins partie. A un moment où des troubles de toutes sortes perturbent l'ensemble de la planète ou presque, ces troubles se font oublier dans cette petite île du bout du monde, au bénéfice d'un rythme de vie proche de la nature et pratiquement immuable depuis des générations. 

    Avec ses 110 km2, Rodrigues est la plus petite des Mascareignes. Montagneuse, elle est protégée par un récif corallien d'environ 200 km2. 

    Découverte au début du XVIe siècle, elle a été sporadiquement occupée par les Hollandais, les Français et les Anglais. Ce n'est toutefois qu'après 1750 que l'île a vu s'installer une population permanente venue de Maurice et de la Réunion. Le recensement de 1804 fait apparaître que Rodrigues compte 104 habitants dont les esclaves originaires de Madagascar, du Mozambique, de Guinée, de Malaisie et du Bengale. Vingt et unième circonscription de Maurice depuis 1968, date de l'indépendance, Rodrigues est un peu l'oubliée du pays. 

    Les ressources de l'île se limitent aux cultures vivrières et à la pêche, le tourisme n'attirant que des effectifs très limités en raison de l'exiguïté de l'aéroport et de la très faible capacité hôtelière. Destinée aux amoureux de la nature à la recherche de calme absolu, Rodrigues se révèle alors un petit paradis bien éloigné de l'univers des vacances-clubs. Plongée et kayak sont pratiqués dans le lagon; on peut découvrir cette île aux multiples vallées à pied ou à vélo, par exemple. La vie des pêcheurs est rythmée par la course du soleil, le poisson est abondant. 

    Ce sont les femmes qui forment l'épine dorsale de l'économie de l'île; elles sont en effet partout, à la maison, aux champs, sur les marchés et à l'église. La messe dominicale est l'événement de la semaine avec l'arrivée à Port-Mathurin, minuscule capitale, du bateau en provenance de Maurice. Enfin, les piqueuses d'ourites forment une classe très respectée. Sorte de poulpe, l'ourite se pêche à marée basse, les piqueuses sont un peu plus de 200 dans l'île et seuls quelques hommes exercent ce métier finalement bien rude. Armées d'une sorte de lance, les piqueuses, pieds nus, de l'eau parfois jusqu'à la taille, débusquent les ourites lovées dans les trous de rocher. Bon an mal an, elles ramènent des tonnes de poulpes dont plus de 500 sont exportées chaque année vers Maurice. De bon matin, on les voit partir avec leur lance, la tête couverte d'un incontournable grand chapeau, indispensable protection contre les ardeurs du soleil. En fin de matinée, elles reviennent et convergent vers leur point de vente, hôteliers et restaurateurs achetant tout de suite une bonne partie de la production du jour. La nourriture est excellente à Rodrigues où les produits conservés n'ont quasiment pas droit de cité!

     Les promenades dans les superbes paysages sauvages de l'île gardent un charme rare, que l'on emprunte les petits sentiers côtiers où que l'on monte à l'assaut des montagnes dont la plus haute atteint presque 400 mètres d'altitude. Les joies du farniente font aussi, bien sûr, partie des plaisirs rodriguais. Rêver dans un silence complice troublé seulement par le murmure de l'océan, voilà qui fait le bonheur de l'Occidental stressé, l'espace de quelques jours. Si la solitude se fait pesante, il est loisible de visiter les nombreux villages dont les noms pittoresques évoquent, comme à Maurice et à la Réunion, une France aussi lointaine qu'évanouie. Les kilomètres de plages désertes invitent à la baignade et à la flânerie romanesque rappelant qu'un jour un certain Robinson...